mardi 10 novembre 2015

L'aire du temps – Héros intemporel, donc putréfié


Spectre, 2015, Sam Mendes




Dans cette note de blog, j’explique en quoi James Bond est un gastéropode hermaphrodite, Léa Seydoux une mauvaise actrice, Spectre l’apothéose d’un cinéma sans culture, sans morale et sans fond qui suppose l'existence d'un amour de la régression. Et comment je prévois de mettre un terme à cette relation masochiste.


Pitch.
C'est le même que celui des 15 derniers épisodes. James Bond seul contre tous, James Bond à Mexico, à Rome, à Ouagadougou, MI6 danger mortel, James Bond trahi, poursuite, pif, re-trahison, ennemi omnipotent et omniscient, bagnole qui va vite, paf-paf, baise, pan-pan, re-baise, placement de produit, pif paf pouf, méchant plan diabolique incompréhensible, raison du méchant d’être méchant totalement stupide, Bond utilise gadget, Bond utilise pistolet, Bond finit au pied-de-biche le bulbe avant du spectateur, pouf, gagné, THE END.


Mieux vaut être homme à paradoxes qu'homme à principes.
Je range la franchise des James Bond dans ce délire cinématographique qui me traverse parfois, inexplicable. Celui qui me fait aimer les jeux Resident Evil, celui qui me fait continuer à regarder The Walking Dead, ce plaisir à la fois coupable et bon enfant qui me fait continuer à regarder Les Avengers et autres films de super-héros. Ce genre de licences exerce sur moi une fascination morbide qui amène le spectateur à voir un film, le détester, voir la suite, en être un peu déçu puis déçu tout court, voir une suite un peu au-dessus, un peu moins stupide et vaine que la précédente, et à la mettre aussitôt sur un piédestal en carton qui justifie le visionnage de ses succédanés, et le cercle reprend ainsi.

J'ai eu ce sentiment exact quand j'ai vu X-Men First Class. Les films précédents étaient tellement mauvais, inintéressants, pathétiques, qu'en voyant ce film, cela a justifié tout mon dur labeur, celui d'avoir enduré tant de scènes moisies, de mises en scène vides. Le fondement de ma fascination pour la franchise qui naissait dans les bas-fonds de mon enfance télévisuelle trouvait enfin sa justification. Elle avait une raison d'être. Mais en prenant de la distance, X-Men First Class était tout juste un film potable. C’était la même histoire que les précédents, racontée avec un peu plus de maturité, un peu plus de perspective, un brin de folie en surplus. Mais c’était le même que les autres. James Bond suit ce même processus d’auto-légitimation déprimant.

Qu’on ne me dise pas que c’est par mépris pour des pans d'une sous-culture ciné que je m’en vais défoncer gaiement la franchise James Bond. J’ai pris assez de coups en soirées, de toutes parts, à m’échiner à défendre que Buffy contre les Vampires est l’une des meilleures séries jamais réalisées. Je continue à adorer le charme désuet d’un bon gros Stephen King. J’ai toujours énormément de sympathie pour les productions bas-de-gammes de Robert Rodriguez, même quand il touche le fond du fond.

James Bond n’est pas mauvais parce que c’est un cinéma accessible. C’est mauvais parce que ce n’est quasiment plus du cinéma.


La franchise.
J'ai toujours regardé les James Bond avec un sourcil relevé, fasciné étant gosse par cette pseudo-violence et le ton railleur de ces Britanniques que je ne comprenais pas. J’en ai d'abord vu des vieux, surtout avec Roger Moore. Puis ceux avec Brosnan. Puis ceux avec Connery. Et puis j’ai revu ceux avec Brosnan. Quand, enfin, j'ai commencé à me rendre à l'évidence et à comprendre que James Bond, malgré sa légende et son entrée au forcing dans ma culture cinématographique, n'était qu'une licence moyenne, voire médiocre, ils ont sorti Casino Royale. J’étais sidéré. Le renouvellement du genre, une esthétique soignée, un ton que je trouvais plus noir et plus glauque. Une espèce de tournant violent dans les années 2000, où la dimension coincée des films passés était jetée aux orties, où le faciès dur de Craig ramenait un peu de réel dans le personnage. Craig que j’ai toujours défendu, à cause d’un malheureux film, Infamous, que j’avais vu avant Casino Royale, une adaptation de De Sang Froid où Craig plante un psychopathe homosexuel et poète vraiment dingue – dans mes souvenirs. Il y était brun, touchant, montrant un visage d’acteur neuf et déjà usé, puissant. Et j'ai vu les deux James Bond suivants. Il paraît que j'ai défendu Skyfall. A posteriori, je dirais que Skyfall doit souffrir de défauts similaires à Spectre, mais savait peut-être encore exercer sur moi ce charme qui m'empêchait de penser James Bond comme un pur nanar. Quoiqu'il en soit, je considère aujourd’hui Quantum of Solace et Skyfall comme plutôt insignifiants. Plus ou moins.

Mais Spectre achève cette chute avec une efficacité hors-pair. Ce film est la démonstration à lui-seul de l'inanité de cette série, de son impossibilité à faire du cinéma autrement que par une bouillie hyper-accessible et sans enjeu. Pire, ce film démontre que même le personnage, en tant que tel, n'a absolument aucun intérêt.

En fait, j’aimerais rentrer dans le détail du film, mais c’est quasiment infaisable tant le film enfonce les portes ouvertes avec une brutalité au sommet de son art. Bond est pensif. Bond est seul. Bond est un homme fêlé. Bond fait à peu près tout et n’importe quoi. Il tringle des femmes de criminels sans aucune raison, il entre dans des soirées secrètes en se présentant comme Mickey Mouse (véridique), il tue des gros Serbes dans des trains, il assène des répliques supposément cinglantes les ¾ du film, il picole un plan sur deux (sans doute pour oublier, lui aussi). Et enchaîne des scènes d’action à gros budget. Et rien, jamais, ne viendra différencier ce film d’un autre. Il ne ressemble à rien, c’est-à-dire à tout.


James Bond ne représente rien ni personne.
Spectre, en cela, relève presque du génie. C'est un film de l'ère de l'économie circulaire. Un recyclage à 100%. Un film avec rien dedans. Pas une réplique, pas un plan, pas une idée n'est originale, inattendue, risquée. Tout relève du prémâché, du rapiécé. Tout y est artificiel, préfabriqué. Les personnages n'ont aucune consistance, puisqu'ils sont interchangeables. Pire, le film se paye le luxe de ne pas utiliser ses (bons) acteurs. Waltz, que j’ai également défendu dans l’indéfendable, est transparent. Le Andrew Scott de Sherlock (qui y était tellement bon) a le rôle d’une huître chaude. Et le reste de la team MI6, Fiennes & cie, est d’une transparence mortelle. Et Léa Seydoux... ¨*soupir* est une actrice qui n'en finit pas de m'exaspérer. Elle absorbe absolument son rôle de James Bond girl caricaturale. Elle fait le job, ou croit le faire. Elle n'est même pas nulle, « she's just not credible as a human being ». Quant à Craig, objectivement, il est... heu... j'allais encore utiliser le mot « insignifiant », mais disons « quelconque » pour varier la mesure

Surtout, ce qui frappe dans ce film, c’est que le personnage de James Bond est un leurre. Plus on essaye de lui donner de l’épaisseur, plus il s’amincit. Il est sans histoire, sans passé, et on s’en balance, en réalité. Le principe du hors-champ au cinéma (et ailleurs) continue à hanter mes rêves paranoïaques, et je suis souvent déçu qu’un réalisateur s’adonne au fait de trop montrer au lieu de  suggérer. Mais pour ce personnage, c’est l’effet inverse : moins on veut nous en montrer, plus ce qu’on finit par montrer est absurde. Son enfance ? Ses sentiments ? Ses traumatismes ? Dieu que je m’en fous : ce personnage est une coquille vide, je ne peux pas, je ne veux pas m’identifier à lui, je ne veux pas le comprendre. Il n’a de toute façon aucune raison d’agir. Il n’agit pas pour le bien ou le mal, ni par cynisme. En fait, je ne peux pas m'identifier à lui parce qu'il n’est même pas vraiment écrit, il n’existe quasiment pas à l’écran. Sa personnalité n'est même plus une caricature, c'est un étendard, une marque de fabrique, il ne représente rien, il ne représente personne, juste un fantasme du passé, et ce ne serait ni triste, ni grave, si ce fantasme pouvait au moins être un peu repeint chaque fois et non recopié.

Je vais prendre un exemple un peu extrême pour illustrer mon propos. Jamais autant qu'ici il ne m'avait paru aussi évident que ce personnage n’a en réalité aucune sexualité. Ce n’est pas un personnage qui est comblé ou frustré. Ce n’est pas un jouisseur ou un cynique. Je pense qu’il n’est même pas sexualisé, pas vraiment. Il semble s’épancher par réflexe, jamais par envie. Il tombe amoureux comme je me brosse les dents. Il le fait sans engagement, sans rien ressentir ou en tout cas sans jamais rien faire ressentir. Il est le comble de l’hétérosexuel qui n’aime pas les femmes. A y réfléchir, c'est ce que le fantasme masculin voudrait que soit le fantasme féminin: une envie irrépressible d'un homme fort, secret, violent, direct, mâle. Encore une fois, les années 70 ont eu leurs heures de gloire, mais le fait que cette logique soit restée strictement la même introduit un vrai décalage pour le spectateur. Je pense vraiment que la scène dans ce film avec Monica Bellucci confine au ridicule. Ils font l’amour sans rien, pour rien. Ce n’est ni drôle, ni vraiment triste, c’est artificiel. Il n’y a aucune tension ni aucun ennui, c’est un plan de masturbation comme si le personnage allait se frotter à un arbre.

Et, je sais bien que c’est une marque de fabrique de la maison, mais la fausse pudeur des James Bond en 2015, putain! On ne montre jamais un nu, jamais une goutte de sang, on n'entend jamais une insulte, c’est insupportable de politiquement correct protestant, de blocage puritain du cinéma, ces gens vivent dans un monde qui n’existe plus. Je sais bien que l’épure peut être considérée comme une qualité, mais ici, c’est même plus de l’épure, c’est de la bigoterie. Ça aussi, ça ajoute au ridicule de la sexualité fantasmée de Bond. En y pensant, il ne fait pas l'amour, le spectateur fantasme qu'il le fasse. Ce qui renvoie encore au fait que Bond ne peut être réellement sexualisé. Il m’a vraiment semblé qu’on était dans la tartufferie la plus stupide – baiser en permanence en hors-champ, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire d’une réalisation, et du message que l’on veut faire passer ? Que c'est bien? Que c'est mal? Sans doute que c'est mal, j'imagine. Le pire, c’est qu’à mon avis, ce n’est même plus de l'ordre du malicieux, c’est désormais un impensé. A posteriori, je me dis que ce film est un anti-Vice-Versa: Spectre est un film qui semble être pour les adultes mais qui est en fait un film pour enfants. Et pas dans le sens noble et miyazakien du terme. Plutôt un film de la régression.


L’acte et l’intention
D’aucuns me diront, et me l’ont déjà dit depuis les deux jours que je passe à me plaindre depuis que j’ai vu ce film, que je devrais m’y attendre, qu’on va voir un James Bond pour ça, pour de l’action, pas pour un scénario, voilà, sinon j'ai qu'à aller voir un film d'auteur roumain. D'accord. Well. Nobody's perfect. Car comme annoncé en introduction, j'aime mon plaisir coupable. Il peut me décevoir, me déplaire, me rendre hystérique, mais je veux au moins voir un film. Là, ce n’est même pas du cinéma, c'est un téléfilm France 2 à gros budget. C’est un copier-coller honteux et distrayant. C’est le niveau zéro d’Hollywood, et on a le droit d’attendre, même d’un James Bond, un brin d'inventivité. Je demande pas un putain de Citizen Kane, je demande juste un film. Comme Die Hard 1 n'est pas le même que Die Hard III. Voilà, c'est tout, je veux juste un film, et pour que ce soit un film ayant son identité propre, il faut que ce soit un autre film que le précédent.

Ce film est le même que tous les autres, et pour une raison simple, il n’a même pas de scénario. Je m’étais fait la réflexion que je n’arrivais pas à suivre les scénarios des derniers James Bond. Complexes, touffus, j'étais largué. Et là, j’ai essayé, j’ai vraiment essayé. Mais il n'y a aucun putain de scénario. Rien n’est expliqué, tout s’enchaîne comme dans un roman pour analphabètes. Le mec se jette dans la gueule du loup, on ne sait pas pourquoi. Le méchant le tue pas, on ne sait pas pourquoi. Il se barre sans tuer le méchant, on ne sait pas pourquoi. Toutes les ficelles du scénario ne sont qu’un prétexte à des scènes d’action mal amenées. On dirait qu’ils ont un catalogue et qu’ils cochent au fil des films : « alors, Jean-Louis, la poursuite en Jet ski, c’est fait. La poursuite en hélicoptère, c’est fait. La poursuite en deltaplane, c’est fait. Une idée? La poursuite en kitesurf ? Banco ». A certains moments, on est quasiment au niveau de The Expendables tellement c’est misérable. Chaque réplique est d’une vacuité et d’un manque d’originalité à tomber, certains de leurs dialogues sont d’un rance absolu, on enchaîne des poncifs vaguement remaniés, sans s’impliquer. Le réalisateur n’a d’ailleurs rien à dire : ni sur l’homme, ni sur la femme, ni sur la politique, ni sur l’action, rien. 

Maintenant que j'y pense, je sais pourquoi j'ai défendu Skyfall en son temps. Parce que Sam Mendès était un réalisateur que j'aimais, bien que moins talentueux ces dernières années, et je pense que c'était par loyauté. Il s'efface ici totalement derrière la production du film. Je ne sais même pas quoi en dire tant sa présence est dispensable à la réalisation du film. Il ne marque rien de sa patte ou de son talent. Il produit un divertissement passe-partout, un héros ni aimable, ni détestable.

Mendès ne parvient rien à dire sur son temps. Le cadre géopolitique est complètement absent du film (et ça me fait hurler d’entendre l’inverse dans les médias) : aucune mention d’un conflit en cours ou similaire, aucune réflexion sur le contexte politique décrit, aucune réflexion bien sûr sur le rapport politique au monde de la Grande Bretagne. Le message politique opère la prouesse d’être à la fois inexistant et détestable (une pseudo-morale sur la surveillance généralisée en disant que le MI6 va nous en protéger, on croit vraiment rêver).  Bond incarne un héros mondial qui paradoxalement, ne peut plaire à personne puisqu'indifférencié. Même chose pour l'histoire, elle ne peut vraiment plaire ni déplaire, elle est un magma conformiste qui répond à une logique de production globale plus qu'à une logique créative ancrée dans un imaginaire et une culture. Étonnamment, dans un monde qui semble en tension, James Bond incarne une absolue détente, une absence de gravité. 

Politiquement, c'est absolument vide. Si Bond était comme on peut le lire le héros conservateur ou réactionnaire, il aurait une chair. Si au contraire comme je l'ai aussi lu, l'histoire était vraiment révolutionnaire, elle aurait une colonne vertébrale. Mais le film et son personnage sont juste mollement, vaguement confinés à « l’aire » du temps, faits prisonniers par elle. Spectre incarne les limites d’un cinéma façonné pour toutes les cultures, toutes les salles de ciné de la planète, et qui vise le milliard de recettes. Le film n’a plus rien à dire parce que dans cette aire de jeu-là, ce terrain sans limites, il ne peut de toute manière rien nous dire. 


Ceux qui restent et ceux qui partent
Alors que reste-t-il de ce film ? Bah, je dirais que c'est un James Bond des années 70. Et pas un bon. Un film au scénario bidon, sans trame, sans idées, sans sursaut d'émotions. Oui, on en sort la tête vidée, non, on ne s’ennuie pas vraiment, oui, l’esthétique du film est belle et certaines scènes d’action réussies. Et pour un budget de 300 millions de dollars, heureusement bordel. Ce n’est pas de forme, c’est d’âme dont Spectre manque de la première à la dernière seconde. Il ne bouge plus que par l’auto-référencement, le fait de survivre sur son propre passé (l’utilisation permanente de personnages récurrents  - les Q, les M, les Moneypenny - comme le font d'ailleurs toutes les autres franchises à la Batman, Star Wars, etc.), par ses films passés (le film tente laidement de se justifier en se prétendant le climax des 3 films précédents). Il dévore ses acteurs, il dévore son scénario, il dévore ses spectateurs. Spectre est un blockbuster bête et gentil qui me fait péter un câble. On dira que j’y allais pour de mauvaises raisons ou que tous les James Bond sont ainsi. Mais je ne sais pas, ce film a franchi une barrière. C’est le cadavre de James Bond qu’on expose là, un héros perdu en dehors de son temps, incapable de se réinventer, incapable d’être autre chose qu’un bourrin décérébré dans un film gentillet et intemporel.

Il est l’inverse du cinéma, il est l’inverse de la créativité et de l’art. Tout le monde ne doit pas être Kubrick, mais tout le monde devrait essayer de montrer quelque chose au cinéma, même si c’est raté, imparfait. Spectre remplit tout son cahier des charges mais ne montre rien, ne propose aucune perspective. Ce n’est même pas un film raté, c’est même plutôt de bonne facture en purs termes d’action, mais c’est un film sans point de vue, et donc un film sans cinéma. En fait, c’est le pire de ce film : il ne pêche pas tant par ses défauts – mais par son vide. Comment juger une page blanche ?

Je suis extrêmement cruel avec ce film qui ne mérite sans doute pas de mise au pilori, ou pas plus qu’un autre. Mais c’est qu’il a été pour moi le tardif révélateur de ce qu’est cette franchise : un machin anti-cinéma. Il a réussi à me faire repenser Casino Royale, et à me dire que, Eva Green mise à part, nous étions toujours pris, avions toujours été pris, dans ce flot interminable de recyclage industriel.

Comme dirait l’autre, « un film efficace, distrayant, auquel on ne demande rien d’autre ». Personnellement, je crois que je ne demanderais à cette franchise plus rien du tout d’ailleurs.

lundi 3 août 2015

Vice-Versa – L’hémorragie de tes désirs

Vice-Versa, Pixar, 2015.


Pitch.
5 sentiments/personnages gèrent le cerveau d’une Américaine de 11 ans.

Le Pari Pixar
Pixar est un studio respectable : pour ses échecs, ses choix audacieux, ses options tantôt faciles, tantôt suicidaires. Pixar est un studio qui ne peut pas être comparé avec ses « pairs » : même dans l’échec, il ne tombe jamais totalement dans les arcanes du film « pour enfants » tel que je l’ai perçu chaque fois que je l’ai vu ces dernières années – chez Dreamworks, chez les connards qui n'ont pas de nom de L’Âge de Glace, tout ça tout ça. J’ai un souvenir particulièrement désagréable du moment où j’ai vu dans un cinéma pathétique de Vannes quand j’étais animateur enfants, l’indescriptible, l’immonde Kung Fu Panda, film suave, dégoulinant, mal agencé, qui en venait à devenir agaçant à ses propres yeux. Tout y était médiocre, attendu, suintant le politiquement correct et la vanne millimétrée : l’aseptisation enfantine au dernier degré – pour faire rire le gosse de 8 ans, mais le film d’été qui réjouirait aussi Papa et Maman – faut pas déconner non plus, et les conforteraient dans l’idée qu’un enfant n’a besoin que d’une chose : du sur-mesure bien cadré et bien débile.

Pixar, même dans ses plus lourds échecs, fait un pari souvent – toujours ? – plus audacieux que ses concurrents : celui de s’attacher à des parties plus sombres de l’enfance, à son subconscient et ses non-dits. En cela, ils sont les cousins lointains de Miyazaki et des studios Ghibli : dans l’innocence, le fantastique ou le réalisme, on vient questionner la part sombre de l’enfance et donc la part sombre de l’âge adulte. Je les laisserai tout de même séparés, puisque là où Ghibli pour viser la poésie (j’allais dire la « poétique », je lis trop les Inrockuptibles) choisit souvent la lenteur, le fantasme de la nature et le gigantesque, Pixar opte toujours pour la route de l’humour – et aussi d’une certaine facilité, celle de faire des histoires à « péripéties », où courses-poursuites et retournements de situations s’enchaînent sans fin, ce qui d'un point de vue général devrait avoir le don de me gaver sévère. Sauf que dans Toy Story 3, Wall-E ou Monstres & Cie, c’est virtuose, et parfois davantage. Pour faire justice à Pixar, j'ajoute que les 5 premières minutes de Là-Haut contredisent tout ce que je viens de dire, en proposant le prologue le plus poétique et le plus déprimant de l’histoire du cinéma d’animation grand public (cela étant, j’ai pas surkiffé le reste du film, bref, c’est comme ça, la vie, la vraie, Auchan).

Parier ou ne pas rire
Vice-Versa est vraiment un putain de bon film. Il correspond à tout ça : la poésie, l'humour, le profond. En explorant les tréfonds du cerveau d’une gamine, Pixar fait un tour de force à tomber par terre. On reste – en apparence – dans du très accessible : c’est à mourir de rire – littéralement, c’est bien fait, y’a peu de temps de respiration, y’a une véritable efficacité à la réalisation. Du très bon, très facile en un sens. On a 5 personnages bien démarqués, personnalités hyper classiques, à la limite du caricatural. Mais c’est drôle, ça fonctionne. Les vannes passent, les premières idées de réalisation sont ultra-convaincantes (rien que l’utilisation du Train of Thought…). On sent à la fois une forme de facilité dans certains choix (la Colère est colérique, la Peur a très peur...), et le début d’un pari assez casse-gueule. Il faut accepter de suivre la métaphore à l’intérieur du cerveau de Riley, la petite fille, et sa vie extérieure somme toute assez simple (aime le sport, l’école, mais déménage, fusha, fusha, fusha). Mais rien que ça c’est dingue : créer l’imaginaire le plus barré qui soit sur la banalité, sur une histoire finalement complètement random. Bref, ça me sidère que ce genre de paris soient encore fait pour un film à 200 millions de dollars de budget. 

Une fois la surprise du départ passée, en vient une autre. Puis une autre. Puis une autre. Et ça ne s’arrête jamais. Le film est un concentré invraisemblable de créativité et de profondeur, d’utilisation du très simple pour montrer l’enfoui : les personnages évoluant dans le cerveau de Riley passent par les zones de mémoire à long terme, de l’imaginaire, des pensées abstraites, du subconscient. Chaque fois, la mise en scène est une claque dans la gueule, on ajoute des interprétations du fonctionnement cérébral à des réflexions mordantes et souvent pliantes sur l’âme humaine. Pixar utilise tous les clichés sur le traumatisme, l’oubli, la construction de la personnalité, et les retourne pour en faire un enjeu de cinéma, un enjeu d’humour surtout. Parce que ce film est vraiment profondément drôle. Je dois même dire que je me suis pas marré au cinéma comme ça depuis longtemps  (nan, en fait je mens, ça fait depuis Birdman, mais je trouve que c’est tellement rare de bien se marrer au cinoche qu’il faut un peu forcer le trait). La moitié du film, planté sur ma gueule était un énorme smile, quand ce n’était pas des éclats de rires partagés avec mes voisins. 

Les larmes
Parce que l’autre moitié du film, j’étais au bord des larmes. Au bord des larmes, j’vous dis. Au moins 5 ou 6 fois dans le film, en traitant des thématiques de la perte, de la croissance, de la dépression infantile, le film vient vous bouffer les tripes et vous remettre la tronche dans votre enfance perdue. Il le fait avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité, mais néanmoins avec une violence certaine. La perte des amis, d’une certaine forme d’innocence, tout ça est très bien fait. Mieux ! Jamais le film ne tombe dans le genre de conneries qu’on entend en permanence (surtout sur les réseaux sociaux, assez souvent de la part de jeunes mères/pères de famille analphabètes, parfois adeptes de la peine de mort et de la défense des chatons maltraités) : « c’est tellement heureux un enfant, il a le sourire d’un p’tit ange ». Au contraire, le film ne nie jamais la part nostalgique de l’enfance, sa dimension en apesanteur qui s’arrête progressivement ou brutalement à mesure que l’on grandit. Il traite directement de la fin de l’innocence, qui devient prise avec une nouvelle forme du réel, une nouvelle forme de rapport au monde. Riley pète un câble après une perte, et elle fait ce que – personnellement – j’ai dû faire un million de fois entre mes 8 et mes 22 ans (oui, je suis assez lent comme garçon) : fantasmer sans réflexions sur la fuite (la sienne), sur l’anéantissement du réel, sur une certaine pulsion de mort en un sens. Et là encore, le film accompagne cette évolution avec beaucoup de tendresse, avec humour, et avec des moments absolument déchirants. Il y avait un moment dans le film où à chaque fois que Tristesse prenait la parole, j’avais envie de fondre en larmes avec elle. Le film est très émotionnel, et je n’en divulguerai pas la fin. D’aucuns y voient l’annonce d’un second opus : je pense que ces gens sont des imbéciles (pardon, j’suis un peu rugueux aujourd’hui). La fin est une fin parfaitement valable, parfaitement maîtrisée, parfaitement ouverte. Elle n’est absolument pas là pour annoncer sa suite, elle est là pour clore le récit, et de la plus belle des manières. Film de dingue.

Attention : film pour adultes. Ou pour enfants. 

À chaque fois que je pense à certains défauts de ce film, je me dis : « oui, mais c’est un film pour enfants… ». Alors, oui, c’est un (tout petit) peu simpliste, les émotions ne se résumant pas à cinq concepts. Oui, c’est un brin classique dans le fond, avec une histoire simple sur la famille américaine, sur l’enfance, sur le début de l’adolescence. Quand je pense à certaines de ses qualités, je me dis : « oui, mais c’est pas un film pour enfants ». C’est dur, c’est profond, c’est parfois déprimant, c’est assez brillant – sans doute trop pour les plus petits – dans son propos. Ça va même loin dans l’interprétation de ce qu’est la tristesse dans la vie quotidienne, je trouve que le film est ici au contraire plutôt politiquement incorrect, puisqu’en en faisant en définitive la pulsion de vie finale, contre la joie artificielle. En cela, Vice-versa aurait les armes pour être considéré au rang de certains Miyazaki. Peut-être pas des tous meilleurs, mais pas loin. Un truc inclassable, un pari vraiment barré, qui fourmille de références cinématographiques, littéraires, un OVNI dans la chaleur, un gros blockbuster qui tâche et fait le plus gros démarrage depuis Avatar, une bulle d’enfance perdue, une réflexion sur le temps, sur le mal-être, sur la force du rire et la puissance plus grande encore de nos larmes. 

jeudi 16 octobre 2014

Gone Girl – La Roche Tarpéïenne est proche du Capitole

Gone Girl, David Fincher, 2014.

Pitch.
Apparemment, Mr. et Mrs. Dunne s’aiment à New York, puis dans le Missouri. Puis elle disparaît.

Image.
Contrairement aux apparences, je ne suis pas un inconditionnel de Fincher. Je pense Alien3 original mais très inégal, Se7en (toujours) absolument génial, Panic Room mauvais voire très mauvais, The Game plutôt réussi sans l’être absolument, j’ai trouvé au Social Network quelques fulgurances mais aussi un vrai manque de créativité, et son Millenium de facture honnête mais sans aucun intérêt particulier. Reste Fight Club, et Benjamin Button, où l’on peut débattre, mais qui ont plutôt mes faveurs. La filmographie de Fincher est inégale, on sait le réalisateur obsessionnel, insupportable. Les acteurs ne voulant plus jamais tourner avec lui sont légions, et le force à renouveler, tout le temps, son casting. Mais il est un film dont on ne débat plus. Zodiac, que j’avais eu le plaisir de voir deux fois au cinéma, est un monument, un film qui étire les codes du genre, qui sait créer une atmosphère de dingue, qui étrille le spectateur et réussit à proposer une fable mélancolique sur un tueur à l’identité encore incertaine. Zodiac est une cathédrale de 2h30, qui prend le spectateur à contre-pied, qui filme – tellement bien – des acteurs majeurs des années 2000, et qui fait sortir le meilleur de Fincher. Le film n’a pas été assez apprécié par le public, notamment à cause de son côté lent et déceptif.

Gone Girl est de la même trempe. Peut-être pas au niveau, faute d’un scénario aussi précis que Zodiac, mais tente au moins de s’y élever. Fincher filme le récit entrelacé et impossible à démêler d’un couple d’Américains actuel, qui s’aime, s’écharpe et sombre. Le récit de base fait énormément penser à Revolutionary Road, et emprunte même certains de ses scènes, presque plagiées – la rencontre, l’amour, la chute – en les passant en accéléré. Le récit oscille sans cesse entre le présent, la disparition d’Amy Dunne, et le récit de cette relation fusionnelle, banale, hystérique.

La réalisation est impressionnante. Même avant d'être foncièrement convaincu par le film, j’y ai été happé, pris. L’ouverture est fabuleuse. Les critiques l’ont assez dit, mais il faut avouer que la photo est belle, vraiment belle. Elle colle à l’hyper réalisme (apparent) que le film propose, décodant les petites hypocrisies et les questions existentielles sur le couple en réussissant à filmer l’amour, l’ennui, la violence dans un couple moderne. La mise en scène est magistrale, le montage est un plaisir, l’image, en règle générale, est belle à crever. L’esthétique du film est parfaite, son rythme est très travaillé, sa bande son est dingue. Pas besoin que j'utilise plus de superlatifs (je n'en ai plus de toute façon), c'est très bon.

Acteurs.
2nde incroyable prouesse de ce film : Fincher arrive à rendre des acteurs médiocres magnifiques. Ou plutôt un acteur médiocre magnifique. Fucking Ben Affleck. Je pense qu’il est peu d’acteurs dans le monde que je méprise davantage que le bellâtre de Pearl Harbor et l’acteur raté de Daredevil. Et plus encore, on pourrait s’attendre à ce que Fincher en fasse « le rôle de sa vie », et se serve de lui comme Jolie dans L'Echange (atroce) ou Day Lewis dans There Will Be Blood (magnifique): dans les deux cas, c'est du rôle à Oscars, du rôle fait pour briller, et même quand c'est bien fait, ça peut rester un peu insupportable. Mais non, ici, nous sommes beaucoup plus proche de Malcom McDowell dans If… et Orange Mécanique, ou encore d'Adam Sandler dans Punch Drunk Love. Un rôle sur mesure, certes, mais qui ne semble jamais fait pour la gloire. Simplement pour le récit. Affleck est drôle, touchant dans le rôle de l’Américain moyen, violent, nul et charmeur. Il a relativement peu de liberté dans son jeu, c'est un fait, mais évolue sans jamais se foirer, reste crédible du début à la fin. Il joue aussi parfaitement son rôle profondément sexualisé, profondément ambigu, profondément strident. 

Rosamund Pike, que je n’avais jamais vue à l’écran, est assez convaincante, en femme mélancolique et délaissée. Parfois remuante (parfois). Je ne suis pourtant pas totalement conquis par sa performance – étonnamment – car je la trouve presque effacée par un second rôle… Ce qui ne m'arrive quasiment jamais. Carrie Coon est simplement dingue. Oh mon Dieu. Cette actrice inconnue – de théâtre – que je connais par son rôle dans The Leftovers, où elle joue une femme instable et paumée, m’a bluffé. Elle joue la sœur jumelle d’Affleck, emmenée avec lui dans les misères du récit et donne au film une touche très sombre, très grinçante. Elle incarne cette comédie noire. J’adore constater ce genre de trucs : trouver un second rôle qui est parfait. Vraiment, cette actrice m’étonne. Elle sait jouer dans tous les registres et réussit à avoir une présence incroyable à l'écran sans que la caméra ne s’intéresse foncièrement à elle. Carrie Coon. Parfaite.

Le reste du casting est plus banal. Neil Patrick Harris n’est jamais crédible, jamais bon, mais de toute façon, je n’attendais pas autre chose, ce mec est clairement un acteur médiocre. La flic est bien. Certains autres personnages (flics, journalistes) sont parfois un peu caricaturaux. Rien de bien grave.

Scénar’ et fond.
Qu’il est difficile de parler de ce film sans déflorer son scénario. C’est presque impossible. Je vais essayer. Le film se divise en deux. Une première partie, classique, fait dans le thriller de base, et est extrêmement excitante. Une seconde, plus invraisemblable, propose une fable plus féroce sur le couple, l’ennui, la manipulation et les médias de masses. J'aime énormément la première partie, toute en finesse, très efficace. Mais je dois avouer qu’une fois la sidération passée, la deuxième partie est tout aussi passionnante, sinon davantage.

C’est assez génial de la part de Fincher. Au lieu de te refaire un Se7en (thriller classique) ou un Zodiac (thriller déceptif), il te fait son twist (très, très attendu mais qu'importe) après 1h30 de film, et s’enflamme sur une histoire complètement à côté de la plaque. Mais son attention à déconstruire le couple et l’Amérique contemporaine survit à cette coupure brutale. Il s’en balance même. Il continue à tisser son récit au-delà de son scénario, presque. Il continue cette fable noire, railleuse, malgré ses invraisemblances. Il dépeint une Amérique vraiment laide, dépressive, gangrenée par ses classes intellectuelles, pourrie par ses pulsions animales, tuée par un rêve américain impossible à accomplir. Il dépeint une Amérique en carton pâte qui ne sait plus rien. Ben Affleck est génial dans ce rôle. Le type perdu, le pire et le meilleur des Américains. Lâche, fourbe, sexy et fun.

Le fond du film est tout de même très sombre, puisque ce qu’il nous dit, c’est que le regard (du public sur le privé) est ce qui fait et défait les vérités. C’est certes une réflexion classique, mais le réalisateur la pousse à un point qui est profondément dérangeant. Le média est ce qui nous condamne tout à la fois au cynisme, à la démocratie sale, à l’idéalisme gerbant, aux libertés dévoyées. Le média est ce qui fait et défait les femmes et les hommes. Le média est ce qui fait et défait les atroces vérités et les odieux mensonges. Toute cette critique là, bien qu’elle puisse sembler facile, est poussée tellement loin qu’elle en devient géniale – c’est d’ailleurs parce que le scénario est aussi caricatural que la critique peut aller aussi loin. C’est l’unique raison pour laquelle je pardonne toutes les errances du récit : l’histoire est tarée parce qu’elle doit amener à cette conclusion sur les médias, sur le couple, sur l’Amérique. C’est un coup de projo direct à la gueule du spectateur, aveuglé  « je devrais dire ébloui »  qui d’abord fout un peu la gerbe, et ensuite permet de voir la profondeur de ce putain de film.

Parce que oui, il m’a fallu presque 48 heures pour le réaliser. Gone Girl est un putain de film. 


Images en tension.
Gone Girl est un putain de film, parce que c’est comme votre cher et tendre (j’adore les métaphores sur le couple, ces derniers temps), ses défauts sont  doivent être  ses qualités. Il faut aimer ses travers, ses réflexes agaçants, ses manières de mentir, de se mentir, de se faire remarquer. C’est parce qu’il est attendu, charmeur, malin, sans concession, plein de raccourcis et de caricatures, que ce film est profondément puissant. C’est parce qu’il se tamponne – ou plutôt parce qu’il les détruit à coups de club de golf – des codes du thriller, des codes de la vraisemblance, parce qu’il rompt en permanence le contrat narratif, qu’il est génial.

D’abord parce qu’il propose une réflexion sur le rapport à l’autre, le couple, le sexe qui est extrêmement réjouissante. Il va même très loin dans la place de l’attirance au sein du couple, des relations sexuelles, celle du mensonge, du jeu de rôles, du besoin de se mentir à soi même et de mentir à l’autre pour garder vif, à vif, un couple à la dérive. Le regard qui s’introduit dans l’intimité de ce couple est génial, parce qu’il assume être tout à la fois dans le voyeurisme et dans l’analyse. Et c’est parce qu’il accepte ces deux dimensions que Fincher réussit à créer cette atmosphère malsaine et fascinante: un mélange entre cette sphère privée pleine de sueur, de sentiments brutaux et excitants avec la sphère publique aseptisée et donneuse de leçons. 

Et puis le cadeau, le vrai, c’est qu’une fois ce film vu, il demande à être revu. C’est une réflexion sur l’image et sa manipulation telle que je n’en avais plus vue depuis Caché. Rien que cette affiche. Non mais regardez-moi ça, c’est magnifique : les yeux fondus dans le paysage, la posture de Ben Affleck, et son corps qui se dissout dans l’image comme sur une chaîne hertzienne. Le film entier joue avec notre regard, et il est permis de penser que nombre de plans – de flashbacks, de récits heureux ou tragiques qui sont présentés tout au long du film – sont largement inventés ou fantasmés par les personnages. À la réflexion, l’on en vient à se dire que tout ce que l’on a vu dans le film est une tension dans un couple, où deux visions d'une même réalité s'affrontent, où nous sommes toujours dupés, parce que nous nous reposons sur l’image. Comme Zodiac, le film mérite certainement un deuxième visionnage. Je trouve qu’à la fin, il y a même du Bret Easton Ellis dans la volonté de rompre avec les codes narratifs, de revenir en arrière dans l’histoire, de donner une fin absurde à un récit absurde. C’est le même principe que dans le bouquin Les Lois de l’Attraction, une réflexion sur la perception de la réalité en la déformant, en la caricaturant, en l’analysant pixel par pixel ; et vient pour finir s'imposer la froideur humaine qui supplante tout, qui sublime tout, qui se suffit à elle-même. C’est sans doute trop cérébral, mais c’est vraiment très, très beau.

Gone Girl est certainement un film imparfait, mais il est foncièrement passionnant. Passionnant, je vous dis.

vendredi 3 octobre 2014

Sin City: A Dame to Kill For – Lorsque ton passé t'appelle, ne réponds rien, il n'a rien de nouveau à te dire

Sin City : A Dame to Kill For, 2014, Frank Miller & Robert Rodriguez.

Cela me fait tellement de mal de commencer cette critique. Neuf ans d’attente, plus ou moins circonspecte, certes, mais pour une telle déception. J’aurais tellement voulu aimer ce film, même au 3e degré, même de manière aussi irrationnelle que Fight Club, même 10 ans plus tard, même seul contre tous… Mettons-nous d’accord : je ne déteste pas le film, mais je l’aime pas non plus. Sin City : A Dame to Kill For, ou Sin City 2, est un ratage, pas complet, pas total. Juste un film raté. 


Pitch.
Basin City, toujours. Mêmes personnages, ou presque. Marv continue à briser des crânes, Bruce Willis et Jessica Alba font du fan service par une resucée de leur histoire de deuil et de vengeance. Le joueur Joseph Gordon-Levitt arrive en ville. Et Dwight, ô pauvre Dwight, est rejoint son amour atroce, Ava Lord, jouée par l’immense Eva Green. Ah oui, et Ray Liotta joue deux minutes dans le film aussi.


Réalisation.
Pour comprendre la sidération qui fut la mienne en voyant Sin City : A Dame to Kill For, il faut se mettre dans le contexte. Pour moi, Sin City – comme œuvre graphique puis comme film – est un chef d’œuvre. Le film, bien sûr, est un monument de beauté noire. Les comics, surtout, sont un sommet d’art graphique, de roman noir, d’histoires qui puent l’alcool et la prostitution et la morale tantôt nihiliste, tantôt réactionnaire. Je me souviens encore, lorsque l’on m’a offert le comics A Dame to Kill For – censé être le récit central du film donc théoriquement génial – les frissons ressentis alors. Dans cette histoire sombre, que le film premier du nom n’avait pas abordée, je me souviens que j’avais trouvé que c’était – de loin – l’histoire la plus dramatique, la plus subtile, la plus belle, que Frank Miller nous ait proposée. C’était une œuvre de violence sourde, un histoire de schizophrénie, une tragédie sur l’amour perdu, sur la violence des sentiments. C’était une putain de claque. Dwight – interprété par Clive Owen avant, par Josh Brolin maintenant, si vous suivez – était un homme épris, un type perdu, aux abois. Il sombrait. Je me souviens d’avoir lu cette œuvre avec une fascination d’enfant, avec la conscience de la simplicité – et non pas de la faiblesse, ce qui fait toute la différence – de ces romans noirs très basiques. C’était cette simplicité qui faisait le cœur, le charme, de ces personnages caricaturaux, de ces personnages dantesques. Sin City, c’était ça, une œuvre populaire impressionnante, belle, simple, simpliste.

Robert Rodriguez vient nous rappeler à quel point il est un médiocre réalisateur. Je pense qu’il y prend même du plaisir. Il vient nous cracher à la gueule que Sin City 1 était un accident, et que Desperados 2 ne l’était pas. Il vient nous dire que Machete Kills Again, c’est ça, son style. Il reprend, mais avec la finesse d’une grue de démolition, les personnages et les histoires laissées pour mortes dans le premier opus, et enchaînent à la tronçonneuse des plans graphiques et des répliques – j’allais dire de série B, mais nous en sommes trop loin… de séries… pffff, de la telenovela mexicaine, pour vous dire à quel point c’est absurde – qui sont certes des copies de leurs modèles, mais en reste tellement éloignées. Le montage est un massacre pur et simple. Quiconque n’a pas lu les comics ne peut rien suivre, rien apprécier, rien comprendre ; quiconque les a lus est frustré, se tortille sur son siège. Les images se suivent, les scénarios aussi, c’est très faible. 

Pourtant, Rodriguez a cette patte. Cette petite virtuosité. Certains plans sont magiques. Certaines scènes sont belles. Eva Green, que j’aime tant, est corps et âme à l’écran, malgré des répliques maladroites et sans le supplément d'âme qu'il leur faudrait, et se donne physiquement au film. Elle est splendide. Jessica Alba, dont je ne suis pas un adorateur éperdu, est bien meilleure que dans le premier opus. Elle est même très forte. Tous les autres acteurs – Rourke, Gordon-Levitt, Brolin, ou même Willis et Liotta, quand bien même ils sont plus figurants qu’acteurs – respectent leur contrat honorablement. Ils sont (plutôt) bons, ne loupent pas grand-chose. Et pourtant, ça ne prend jamais. Dans l’absolu, le film fourmille d’idées. De style, en réalité. Le jeu du clair/obscur et des couleurs – même attendu – reste plaisant. Rodriguez sait filmer des corps, des tronches, des caricatures. Il le fait bien, il sait filmer le glamour, le sensuel, le sexuel, le glauque. Il sait filmer la violence. Quelques plans laissent pantois : Gordon-Levitt cognant un adversaire en ombre sur un mur de ruelle ; Alba se repliant en position fœtale ; toutes les planches issues du comics A Dame to Kill For restent magnifiques. Donc (un peu) gâchées, c’est ça le pire. Car la réalisation est d’une fadeur qui fait peur. Les seuls plans grandioses sont ceux qui sont directement issus d’un travail que l’on devine manuel, de dessins que l’on sait ou imagine reproduits à l’écran. Là, la magie opère, encore, un peu. Mais le scénario, les circonstances du film, viennent gâcher toutes ces intentions et le ramènent au statut d’œuvre mineure, trop mineure.

La 3D est… minable. Vraiment, depuis l’abominable Alice au Pays des Merveilles de Burton, je n’avais pas ressenti un tel scepticisme à l’égard de cette technique. C’est gadget, c’est inutile, c’est presque agaçant.

Pour finir, j’ai trouvé la bande son pathétique. Attendue. Inadéquate. Jamais enivrante, jamais surprenante.

Le rythme du film, j’y reviens, est extrêmement bâtard. Les plans s’enchaînent comme des planches de BD, mais c’est un film, bordel, cela demande un autre souffle, un autre rythme, une autre envie. Ici, tout est condensé, accéléré. Et puis enfin, le montage à la Pulp Fiction, ça va, on a vu et revu. Il faut que ce soit bien fait. Ici, c’est tellement artificiel, tellement en retard… Comme si rien n’avait existé entre le premier et le second opus. Ou pire, comme si le réalisateur avait régressé. C’est vraiment triste de vouloir – tellement – apprécier un film, et d’être constamment baffé par le réalisateur, par sa paresse, par son style ampoulé, par ce décalage permanent vers le mauvais goût.


Scénarios.
Si la réalisation – le montage surtout – est bâclée, que dire des « scénarios » du film ? Sin City trouvait un équilibre dans les histoires suivantes (si, si, souvenez-vous) :
Introduction par le tueur à gages.
Hartigan Partie 1.
Marv.
Dwight.
Hartigan Partie 2.
Conclusion par le tueur à gages.

Sans déflorer le film, disons qu’ici, l’articulation des scénarios est complètement débile. À la limite, le premier opus se permettait des libertés de scénarios, jouait avec le temps, croisait les chemins et les actions. Mais ici, c’est un assemblage d’histoires, c’est vraiment du copier-coller, c’est dégueulasse au possible. Mais qu’importe au fond : l’important dans Pulp Fiction n’est peut-être pas foncièrement l’articulation du récit, mais sa qualité, son rythme, les réponses des événements les uns aux autres. Que l’histoire se passe chronologiquement ou pas, qu’importe, pourvu qu’il y ait l’ivresse.

Le scénario de Dwight, je l’ai mentionné, a été détruit, bâclé, violé. La plus belle histoire de Sin City est ratée à l’écran. Pas totalement. Juste assez pour m'énerver. C’en est triste. Le scénario de Marv fait du fan service inutile. Le scénario de Jessica Alba, bien qu’attendu de la première à la dernière minute, s’en sort encore le mieux. Le scénario du perso de Gordon-Levitt, écrit pour l’occasion – comme les deux précédents d’ailleurs, montrant le cynisme sans bornes de Miller mais bref  est pas trop mal, plutôt sympa, sans plus. Pourquoi ne pas reprendre les scénars des comics existants ? Par fan service, certainement. Pourquoi ne pas avoir davantage travaillé ces scénars inédits ? Pourquoi ne pas avoir adapté L’Enfer en Retour, certainement le comics – même si ce n’est pas mon préféré – le plus abouti de la saga ? Tout cela est mystérieux pour l’immense fan de Sin City que je suis.

Et puis voilà, on vient nous dire toutes les trois secondes : « vous avez vu, c’est comme dans le premier ! On reprend les répliques, parfois au mot près, tout ça ». Putain, mais arrête de le dire, de le souligner, de le surligner, et fais-le ! Montre-le ! Filme-le ! Ecris-le ! Ne reprends pas les phrases bateaux du précédent, et invente, innove, ou même pas d’ailleurs, juste ressers-moi du bon, et pas du réchauffé.

Mais pire, le film est tout aussi brouillon et faible pour n’importe quel néophyte. Je pense que ce n’est pas que parce que je suis un fan de l’œuvre que je suis déçu par ce film. Simplement qu’il est, de toute façon, quel que soit l’angle adopté, décevant. Il joue la carte de la série Z à 800%, et ne touche jamais sa cible. Il enchaîne les situations, les répliques attendues – ou pas, peu importe –, montre ses muscles, fait dans la redite… c’est dur. Très dur.

Mes camarades de visionnage ont reproché au film d’être trop violent. Je n’ai pas trouvé que cela était vraiment dommageable. Non, il est inabouti, surtout. Ultra-violent ou pas, peu importait.

Le pire, c’est que je savais ce que j’allais voir. Je savais que Miller allait me resservir le même plat. Mais bon. J’attendais, au moins, un peu de saveur, de regoûter, un peu, du passé.

Après, j’en fais beaucoup, peut-être parce que mon attente était, même avec mes craintes initiales, assez forte. Le film se regarde, entendons-nous, peut faire encore frémir, rire, peut-être émouvoir.


Film noir et série Z.
Ce qui m’énerve d’autant plus, c’est que je continue d’aimer le film noir, et même les parodies de film noir. J’aime la caricature du film. J’aime même ce film, dans la théorie. Je ne suis absolument pas dérangé par le fait que toutes les femmes du film soient habillées de la manière la plus sexuelle et la plus caricaturale qui soit. Je ne suis pas gêné par les clichés permanents sur les hommes violents ou la morale cynique du film. Je ne suis pas gêné par les rires gras de méchants des méchants. Je ne suis pas gêné, j’aime même, les intonations surjouées d’Eva Green et cette présence oppressante, sexuelle – assumée comme telle par le réalisateur. Je ne suis pas gêné par le sexisme ambiant du film. Je ne suis pas gêné par la beaufitude ambiante du film. C’est même d’ailleurs cela qui pourrait être réussi. Faire du beau avec du laid. Faire du médiocre le réceptacle de la beauté graphique, physique, scénaristique. Rester dans du simple, du simplisme, du débile, et sortir la moelle, la vigueur, la beauté de cette simplicité. C’est le côté réac’ de Miller que j’aime dans ses comics. Faire de la caricature une couleur de la beauté.

Mais ici, c’est simplement faible, très faible. Rien n’est pensé. Tout semble tourné à la va-vite, sans réflexion. Les scénarios semblent vite écrits, vite tournés, vite montés. Cela n’enlève, là non plus, rien à l’intention du film. Quelques bonnes surprises restent, encore une fois, tout n’est pas à jeter : certains twists sont bien faits, certaines chorégraphies sont agréables à voir, certains récits, même simples, sont efficaces. Mais c’est tellement loin de l’objectif, le résultat reste décevant, ne capte jamais la magie de son modèle. Il faut peut-être que j’arrête d’aller voir des adaptations d’œuvres littéraires ou para-littéraires au cinéma.

Le seul argument que je pourrais me voir opposer est que je prends le film au premier degré, quand il devrait l’être au 10e. Mais Sin City n’est pas Machete. Il doit être plus beau, plus esthétique, plus profond qu’une simple série Z. C’est même l’inverse. Ça devrait être en apparence une série Z, et en réalité un chef d’œuvre. Comme le premier.


Conclusion logique : Sin City 2, c’est comme une ex.
Pour rester dans le thème du sexisme dans lequel le film se complaît avec toute la finesse du monde, disons que Sin City 2  me fait le même effet que de revoir une de mes ex. La personne que l’on a aimé n’existe parfois plus, et c’est ça le plus dur. Que les gens changent, que les gens vous déçoivent, c’est une chose. Mais non, ce qui est le plus difficile, c’est d’accepter que la personne en face de vous, celle que vous pensez connaître, n’existe plus, qu’elle n’est plus celle que vous avez aimée, qui vous a remué, qui vous a touché. Je ne reproche pas à Sin City 2 d’avoir « changé » ou d’être resté le même, il me rappelle simplement ce que je ne suis plus, et ce que ce film n’est plus tout à fait. Un film où un blockbuster pouvait aussi être une claque, et pas seulement visuelle. Un film où la violence pouvait encore être sourde. Un film où surligner toutes les répliques, où ventiler tous les clichés possibles était utilisé à bon escient.

Sin City 2, c’est le passé qui vient vous dire qu’il n'est plus. Et qu’il est vain de vouloir s’y replonger avec des attentes présentes. Ce n’est pas non plus désagréable. C’est la disparition d’une certaine nostalgie. Et ce n’est pas que pénible.

Sin City 2, malgré tout, est un aboutissement, comme une rupture qui n’a jamais été formulée. Il fait du bien, aussi, parce qu’il permet de prendre du recul, parce qu’il est assez innocent pour être touchant ; parce qu’il est assez médiocre pour passer à autre chose. Pour en parler au passé.

jeudi 21 août 2014

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était

Au bout du conte, Agnès Jaoui, 2013.

Je n'écris quasiment plus ici ces derniers temps. Simplement parce que je vois assez peu de films.


Pitch.
Film (un peu) chorale avec pour toile de fond la « critique constructive » des mythes romantiques (entendre « romantique » dans le sens débile de fleur bleue) par une variation sur le thème de Cendrillon. Autour d'elle, une tante bohème, un beau-papa blasé (joué par Bacri, si, si, je vous jure), un maléfique mé(ga)lomane, une roturière en mal d’amour, dans un Paris bourgeois à en crever.

Contexte et réalisation.
Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai envie de m'attarder d'abord sur la forme du film, et rien qu'elle. J'ai reparlé récemment de certains films de l'ex-couple Bacri/Jaoui avec des amis, et je me rends à chaque fois compte à quel point je les aime (Cuisine et dépendances, Un air de famille, Le goût des autres), et à quel point ils sont si injustement méconnus par ma génération. Ces trois seuls films devraient être les Rohmer de ma génération, c'est-à-dire des films pas forcément incontournables, mais cultes, marquants, énervants par certains côtés, et que l'on peut revoir cinq, dix, vingt fois. Ils sont étonnants de justesse par la peinture précise et jouissive qu'ils offrent des relations sociales, familiales, amicales, amoureuses. Ils forcent le respect par la douceur avec laquelle ils abordent des thèmes très difficiles (la violence de la Culture, la hiérarchisation dans les familles, les échecs personnels et les retrouvailles impossibles). Et hormis Le goût des autres, la force - énorme - de ces récits n'est pas nécessairement, à mes yeux, la place donnée au dialogue (qui est certes parfaite) mais plutôt la grande cohésion et cohérence de ces pièces de théâtre. Parce qu'elles sont des pièces de théâtre, elles sont extrêmement simples en termes de mise en scène (« épurées » comme dirait un type des Inrocks), et donc doivent être parfaites dans leur rythme, leur humour, leur récit pour accrocher le spectateur. Ce qu’elles sont. C'est d'ailleurs pour cela qu'on leur pardonne de ne pas être du cinéma, mais du théâtre filmé - l'expression est peut-être impropre, je devrais dire ces « films de théâtre », plutôt. Alors pourtant, dans Le goût des autres, la caméra suit les personnages, à l’extérieur, évoluant dans des espaces différents, et je n'en ai aucun mauvais souvenir. Au contraire. Cela servait bien le récit, notamment pour mettre en exergue les rapports de « classes » entre Bacri et le monde artiste qui le rejette. Et la réalisation suivait. C’était sans doute pas du P.T. Anderson, mais c’était honnête, c’était plutôt beau.

Dans Au bout du conte, j'ai vraiment été frappé par la mauvaise réalisation du film. Ou plutôt par la réalisation paresseuse. C'est assez mal filmé, les quelques idées de mise en scène (caméra en dehors de la voiture, scène filmée de l'autre côté de la rue) sont attendues au possible et font presque film amateur. C'est pauvre aussi en termes de rythme, les quelques moments qui font explicitement référence à des contes sont ridicules (la scène d'ouverture est crasseuse) – et c'est sans doute à dessein, mais cela n'enlève rien à l'argument ! Il est possible et même nécessaire de bien filmer le médiocre ou le vulgaire, c'est d'ailleurs pour cela que c'est intéressant. Pour terminer le tableau, je trouve le montage raté- mais alors carrément raté - et c'est pourtant le genre de trucs que je relève pas souvent au cinéma. Au point que l'on s'y perd dans le récit, que l'on ne comprend pas les liens entre les personnages, et que l'on s'accroche pour comprendre le fond du propos. Je dois reconnaître que la bande originale est réussie (mais tu prends du Tchaïkovski, c'est pas non plus le risque de l'année). Partout, les scènes filmées en extérieur sonnent faux, ou plutôt, sont  injustifiées. Cela dit, c'est pas non plus désagréable à voir en tant que tel, on ne s'arrache pas les yeux devant, c'est simplement une constatation difficile pour moi qui voue un véritable culte à Jaoui et Bacri, malgré leurs (nombreuses) errances. Ici, c’est clair. Ils
sont tous deux auteurs, mais c'est un fait, Jaoui n’est définitivement pas une réalisatrice intéressante.


Le fond.
Je m'attardais sur la mise en scène parce qu'il me semble que c'est elle qui dessert le récit et fait passer le film d'un statut potentiel de film d'auteur à celui de petit film français sympatoche. Car le fond finit par rejoindre cette forme un peu vite faite, un peu facile, assez peu créative. Pourtant, ça commence vraiment pas mal, une fois la scène d'intro passée. Malgré un récit foutraque, on arrive rapidement sur les situations typiques des Jaoui/Bacri : rencontres entre milieux sociaux, dialogues à mourir de rire, répliques magiques (Bacri en sort par douzaine. « C'est chiant, les enfants, c'est vrai, quand on regarde ça à plat » ; « Nan mais, arrêtez de parler, moi, le code moral des voyantes, vraiment, j'en ai rien à foutre, alors ça » ; « Qu'est-ce qu'on fait, là ? Bah on s'emmerde »). Ils ont une vraie patte pour créer des situations attachantes, des personnages ambigus, représenter les idéalistes insupportables et les cyniques invivables, les bourges complètement déphasés et les marginaux destroys, et puis, ils parviennent réellement à tisser un des récits les plus cyniques que j'ai vu depuis un bail. Je dirais même qu'ils arrivent à le faire sans trop de manichéisme, avec une tendresse, une douceur. C'est facile, mais c'est efficace. On te prend Cendrillon, on te la tord dans tous les sens, et on te la jette sur le trottoir. Cette manière de cracher sur les codes narratifs, de détruire à coups de pelle les mythes du coup de foudre ou de l'amour éternel est évidemment simple, mais n'en reste pas moins extrêmement jouissive. En outre, le film parvient à proposer quelques réflexions qui détonnent - notamment sur le rapport entre les parents d'élèves et l'institution scolaire, où, j'étais non seulement mort de rire mais j'ai retrouvé de réelles scènes vécues par mes parents, notamment quand la principale apprend que le couple d'une petite un peu mise à l'écart est divorcé. Mon père avait vécu à peu près la même chose, quand une employée municipale renouvelait ses papiers d'identité, et avait eu l'incroyable culot de lui sortir: "et vous êtes séparé, en plus?". C'est génial de réussir à montrer ce petit rien de mépris absolu, qui veut tout, tout dire. L'utilisation du conte en tant que tel est plus inégale. Certaines références sont parfaites (le réveil de la Belle au Bois Dormant tient, selon moi, du génie pur) ; d'autres sont très mauvaises, voire détestables (la perte de la chaussure est pathétique ; la scène de « l’amour à Paris » est vraiment dégueulasse).
Le parti pris de l'univers de conte touche donc dans le même temps ses forces et ses limites. Il permet aux auteurs plein de raccourcis (on se rencontre, on s'aime, on se détruit) et autorise Jaoui à ne pas prendre de gants, et donc à avancer rapidement dans le récit et de proposer un vrai discours sur "la rencontre". Mais dans le même temps, elle se permet d'accumuler des clichés vraiment laids (la grosse bourgeoise est évidemment refaite et horrible – "mais c'est paske c'est la marâtre" ; le personnage principal est compositeur de musique classique déconstructionniste pour orchestre à cordes à 23 ans, bah oui, facile – "mais c’est paske c’est le héros"), et d'opérer nombre de raccourcis qui desservent le récit. Elle s'autorise des turpitudes qu’elle reproche à autrui ou prétend parodier (la médiocrité, la superficialité, la caricature). Elle mine son propre propos par la surenchère humoristique, et surtout par une absence de cohérence de fond du scénario, du montage, de la réalisation en elle-même. C'est là le principal reproche que j'ai à faire au film.

Je suis pas clair, donc exemple : à la fin du film, le héros est tiraillé entre deux femmes (en gros, le mythe et la réalité, la blonde et la brune). En parallèle, le personnage de Jaoui organise un spectacle pour enfants sur le thème de Blanche-Neige (ou autre héroïne pareillement flasque). Les deux scènes se déroulent en même temps. Au moment du baiser entre le prince et Blanche-Neige, la gamine sur scène refuse d’embrasser le prince. A l’instar du héros et de l’héroïne, qui ne le font pas non plus - et c'est même triste  - pathétique même, mais cette fois dans le bon sens du terme - à en pleurer. Je trouve que l’idée est plutôt brillante, correspond tout à fait à du Bacri/Jaoui. On te prend une situation de départ classique, on t’y insuffle un brin de cynisme et beaucoup de réalisme, et on te laisse sur ta faim. Ce que tu attends du film ne vient jamais, et c’est vraiment pas mal. Sauf que là, une minute plus tard, le gamin qui joue le prince (je pense que plus aucun lecteur ne suit ma pensée à cet instant) se retrouve en coulisses, et une autre gamine vient lui prendre la main. Et c’est directement répercuté à l’écran pour notre héros, qui retrouve la 2nde jeune femme. Et là, pour moi, il y a ou bien un problème de scénario, ou bien un problème de mise en scène. Parce que la scène joue sur ce qu’on attend du cinéma et qui n'arrive jamais (et ne devrait pas arriver): c'est-à-dire les retrouvailles amoureuses entre le héros et l’héroïne. Principe : on nous crache à la gueule ; puis on remplace ce sentiment d'inaccompli - génial - par une autre scène de retrouvaille amoureuse finalement aussi attendue que la première et finalement aussi conformiste que la première, que l’on a bâché par prétendu anticonformisme, justement. Alors, sur le fond, pour ceux qui auront vu le film, c’est compréhensible – et justifié en termes d’intrigue. Mais c’est le fond du procédé qui me semble contestable : je trouve que le décalage entre cette volonté de casser les codes, et le retour permanent à ceux-ci est symptomatique du film. Il tente d’être une parodie critique, un truc acerbe, et se retrouve à faire exactement la même chose que les ficelles narratives qu’il dénonce…

Reste les dialogues. Et des acteurs que l’on ne peut qu’aimer.


A la mémoire d'avant.
Malgré tout ça, j’ai quand même passé un moment intéressant. C'est le film du "quand même", du "malgré tout". On apprécie "quand bien même", parce que c'est eux. Parce qu'on se bidonne plein de fois devant le film. Parce que les dialogues sont excellents. Parce que les acteurs en général sont plutôt pas mal et que Jaoui et Bacri sont toujours parfaits. Parce qu’on ne capte pas tout, qu’on a de la place pour l’interprétation. Parce que même s’ils vivent vraiment dans leur monde (très bourge, finalement, très à part), ça tient à peu près le choc du réel. Parce qu’on se dit que ces gens ont un vrai talent pour dépeindre les relations humaines, pour les écrire surtout. 

Je les défonce pendant toute cette critique et pourtant, qu'est-ce que je les aime. Et c'est quand je me souviens de ce qu'ils ont fait que je continue à aimer ce qu'ils font. C'est un jeu dangereux, qui amène les uns à saluer des Woody Allen à la chaîne alors qu'ils sont de plus en plus mauvais. Pour eux deux, je pourrais le faire - un tout petit peu - par nostalgie et par amour de leur passé.

Il me tarde de revoir leurs petits et grands films, avec exigence et avec bienveillance. Il me tarde de réentendre les saillies de Bacri devant la médiocrité ambiante ("Vous me laissez tout seul, avec eux? J'ai rien à leur dire moi ! J'veux bien meubler, on passe sa vie à meubler. Mais pour dire quoi ? Je comprends même pas ce qui me dit, ce type !"), de Jaoui ("Si je suis fatiguée? Heu... Je frise le coma") et de Darroussin, ô combien absent ici ("J'ai lu un truc incroyable aujourd'hui patron, j'crois que ça peut vous aider. Ah, voilà: "profondes sont nos souffrances", lui dit-elle...").

Ce qui est marrant, c'est que même moyens (voire très moyens), Bacri et Jaoui sont grands, parce qu'ils aiment le théâtre, et que c'est devenu plutôt rare au cinéma.

Tudy

jeudi 17 avril 2014

La Marche d’Après – Considérations sur le malheur français

La Marche d’Après, 2014, Le Bras, Hume-Ferkatajdi,  Roxo.
Il va m’être très difficile d’être objectif sur ce documentaire, dans la mesure où il a été réalisé par un de mes potes (entre autres). Mais le mix entre une profonde sympathie pour les trois réalisateurs, et une exigence d’autant plus forte envers eux devrait (je dis bien « devrait ») ramener un certain équilibre dans cette critique. Pas sûr.

Pitch & poutch.
Documentaire au format classique, sous-titré 30 ans de lutte pour l’égalité, qui retrace les origines de « la Marche des Beurs » de 1983, et propose une analyse engagée des conséquences politiques et des suites de cet événement qu’on a, il est vrai, plutôt oublié.

Feel Good Incorporation.
C’est la trame de cette critique, et c’est ce qui m’amènera à la fois à saluer très sincèrement la qualité de ce travail, et à la fois à lui rentrer dedans joyeusement (et j’espère pas trop méchamment) : La Marche d’Après est clairement un Feel Good Movie (enfin Documentaire mais c'est pareil). 

J’vais donc donner le ton : Flaubert parlait de « ratatouille sentimentale » en parlant de sa première version de L’Éducation sentimentale, écrit à la vingtaine (à la fois j’suis quand même trop mignon, j’compare les réalisateurs à Flaubert).

Ici, c’est un peu pareil. C’est un putain de beau projet, plein de bonnes intentions, qui a certainement demandé des heures de boulot, de recherches de financements, de questions, d'hésitations, et qui ne dévie jamais de sa ligne fixe, réaliser un documentaire engagé sur l’intégration des générations « issues de l’immigration ». Mais à la fin, des cyniques comme moi ressentent à la fois un sentiment de très grande sympathie envers les « personnages » (car certains sont vraiment des personnages) du documentaire et leurs propos engagés, mi-idéalistes, mi-blasés, absolument certains de leur vérité (on croirait parfois entendre Bahia Benmahmoud dans Le Nom des Gens) ; et à la fois une impression d’une grande naïveté (qu’on ne se méprenne pas : une naïveté vraie en un sens, mais une grande naïveté quand même).

Le documentaire en lui-même est de très, très bonne facture. Visuellement, que ce soit le montage, les enchaînements, les musiques, les images d’archive, c’est mignon tout plein à voir, un néophyte comme moi ne voit pas même la différence avec un documentaire d’Arte, c’est donc parfait à ce niveau là. Vraiment, y’a pas grand-chose à ajouter, c’est léché, c’est beau, ça donne envie de « se prendre la main et de faire une ronde autour de la Terre ». Parce que j'ai rien à dire, j’vais enchaîner tout de suite sur le propos de fond du documentaire.

La trame politique. 
Le documentaire, donc, part de 1970 et des brouettes, et remonte le fil de l’histoire : la Marche de 1983, les années mitterrandiennes, le tournant Pasqua, le FN qui monte, la question identitaire qui se cristallise, puis religieuse, les attentats du 11 septembre, pour terminer sur les « émeutes des banlieues » de 2005. Le documentaire retrouve les acteurs de cette marche, les interroge sur leurs origines, leurs motivations passées, leurs visions présentes. Il donne la parole à des acteurs sociaux des quartiers populaires, à des sociologues, à des habitants. Il propose une analyse pas foncièrement idéologique, mais certainement engagée, de cet événement, des ses réussites et de ses échecs. Il veut rétablir une histoire oubliée, faire oeuvre de salubrité publique en rappelant ces épisodes oubliées, et donner de la perspective aux débats de société actuels. 

Invisible actualité.
Bien, je commence par ce dernier mot, qui est un peu un détail, mais la première question pour moi, c’est quand le documentaire s’arrête-t-il ? En 2005 ? Que s’est-il passé depuis dix ans ? 2005, ça me semble déjà loin. Pas de question sur la période Sarkozy. Pas de référence à la période Hollande. Peut-être par peur de pénétrer une chair trop fraîche (ce qui n’est pas forcément bête, loin de là) ? Mais j’ai eu l’impression que la réponse plus vraisemblable était que l’évidence s’imposait sur les années Sarkozy (débat sur l’identité nationale, karcher, tout ça). Je trouve ça dommage, dans la mesure où ce que j’aime dans ce genre d’exercice, c’est justement quand il dépasse un peu l’évidence, et fournit des réponses concrètes. Le plan « Espoir Banlieue », ça a foiré ou pas ? Et même si c’est évident que ça a foiré, comment, pourquoi ? Quid des évolutions plus récentes?  De l'amoindrissement des services publics ? De la montée du front national au sein même des quartiers populaires ? Et du débat grandissant entre « banlieues urbaines » et « banlieues rurales » (qui, je crois, existait moins auparavant) ? A mes yeux, c’est ça aussi, l’Après.
Du coup, on se retrouve face à un documentaire de très bonne facture, bien fait, mais qui semble refuser d’aller au bout de sa logique, c'est-à-dire de confronter la revendication simple formulée dans les années 1980 (« Acceptez-nous ») à la situation extrêmement complexe actuelle. Parce que finalement, l’analyse du déplacement du débat vers des questions identitaires et religieuses, on commence à en avoir entendu parler. C’est l’actuel qu’on ne voit plus, ou bien à travers des lunettes grossissantes et déformantes que le documentaire tente de nous enlever. Alors le manque de recul empêche certainement de toute manière d’avoir une vision claire de l’évolution des quartiers populaires depuis 10 ans ; mais même si c’est du « More of the Same », on voudrait le voir, le sentir, le comprendre.

Les héritiers de la gauche.
Du coup, que reste-t-il ? Si j’étais méchant, je dirais que ce documentaire ne m’a rien appris. Une analyse classique sur l’échec de SOS Racisme, la polarisation du débat identitaire, la peur grandissante de l’islam, j’ai l’impression d’en avoir bouffé au p’tit dej’ depuis dix ans. Ce à quoi les réalisateurs répondront que ce n’est pas le cas des populations des quartiers populaires, qui auront accès à un discours qui tranche avec le brouhaha médiatique sur les banlieues. Mais du coup, le documentaire pourrait un peu devenir un 'réconfort' (à défaut d'un meilleur terme) pour une population qui en a marre (sans doute à raison) de voir des reportages sur la violence urbaine et la drogue dans les halls d’immeuble. Mais je ne suis vraiment pas certain que le pékin moyen français y trouve son compte. Il verra de très belles idées, des réalités, des analyses, des contre-exemples qui tranchent avec le couplet sur le gamin qui brûle des voitures. Mais il verra surtout le discours qui l’accompagne, et qui est le même depuis 30 ans. Un discours plutôt vrai, volontariste, de gauche, sur l’intégration, ses obstacles que sont le racisme, la ségrégation sociale et spatiale.  Mais je pense que les déjà convaincus en sortiront encore plus convaincus. Et que ceux qui pensent que ce genre de propos appartient aux « bobo-parigo-socialo-mondialistes » en sortiront sans bouger d’un iota sur leur position.
Pourtant, le documentaire introduit quelques idées originales, mais qui sont à mon goût encore trop peu nombreuses pour prétendre dépasser les lignes classiques du discours ressassé sur l’intégration. Un jeune ingénieur, qui ne trouve pas de boulot « alors qu’il est major de promo », commence par décrire sa situation compliquée de chômeur, à témoigner de son expérience personnelle, et termine sur une réflexion fondamentale : la ségrégation raciale, territoriale, est couplée d’une ségrégation de l’information, du réseau, de l’accès à l’information.
Là, on avance. On avance par rapport à cette opposition débile entre "fachos" et "gauchos angéliques". A mes yeux, cet exemple incarne parfaitement ce léger déplacement du curseur qu’il faut opérer pour penser efficacement le problème de la ségrégation de fait dans les quartiers populaires (ou dans les zones rurales d'ailleurs) : il me semble, mais bon c'est depuis ma p'tite chaise de social-traître que je le dis, hein, que focaliser le curseur sur l’identité ou la religion est à terme contre-productif, même si c’est ce qui semble le plus évident. C’est comme si, dans les deux « camps », il était plus facile de rester sur des questions d’identité nationale ou de religion : j’ai pourtant l’impression que certaines populations peuvent être en accord complet ou relatif avec leur identité nationale (aux Etats-Unis, par exemple) et pour autant être l’objet d’une ségrégation importante. La même chose va pour la religion (les communautés protestantes ou catholiques noires aux Etats-Unis – ou en Amérique Latine – en sont un exemple). Je trouve qu’ici, on touche du doigt l’hystérisation du débat identitaire français (selon moi au sein des deux 'pôles' du débat) qui fait de l’appartenance religieuse ou de l’origine l’alpha et l’oméga du débat de société, alors qu’il n’en pas est à mes yeux l’explication unique et complète.

Il faut aussi ajouter, pour être tout à fait complet, que la parole est donnée exclusivement à des acteurs des mouvements antiracistes, à des sociologues qui l’expliquent (et partagent, partiellement ou totalement, les valeurs et les méthodes employées par le mouvement ; ainsi que les conclusions d’échec qui sont tirées – peut-être à l'exception de Julien Dray), à des jeunes qui témoignent de leur expérience actuelle. Je trouve qu’il manque un autre son de cloche, celui du politique (qui ici est juste, au mieux un naïf, au pire un incapable) qui n’a rien compris aux enjeux de politique urbaine ou tout simplement à des acteurs en désaccord avec le propos. Loin de moi l’idée de vouloir légitimer ou défendre ces (ou au moins certains de ces) points de vue, mais le sentiment, à la fin de pareil documentaire, est d’avoir entendu les sans-voix, et c'est parfait, mais en circuit clos, fermé, entre personnes qui se comprennent et se répondent. Encore une fois, ça ne rend pas le projet moins légitime, ni même foncièrement moins intéressant, mais ça le rend beaucoup moins intelligible par le reste de la population.

En fait, y'a deux positions: soit on considère que le débat sur l'intégration est irréconciable, et on continue à se balancer à la gueule les arguments entre les deux camps (ce qui peut se défendre, mais qui n'a pas foncièrement fonctionné dans les années 2000, par exemple) ; soit on essaie d'introduire de nouvelles analyses sur la situation. Je ne dis pas qu'une de ces approches est plus légitime que l'autre ; j'suis juste partisan de la seconde.
« Tu sais donc pas que c’est pas bien d’être raciste ? Que c’est mal ? ».
Il est des sujets dans lesquels on entre comme dans une cathédrale. Et le racisme est l’un de ceux là. Celui où l’on va dire des conneries (j’en ai sorti pas mal au fil de cette critique, oui, oui), celui où l’on se justifie en permanence, celui où l’on vient apaiser sa conscience, de se dire que nous, nous sommes des gens bien, parce qu’opposés aux discriminations. 

Quelques semaines après l'avoir vu, j’ai eu ce fantasme. Le documentaire se terminait sur la scène suivante :

-          « Qu’est-ce que j’apprends, Frankie ? Espèce de malhonnête ! Il paraît que t’as des propos intolérables ! Où y’a pas de tolérance ! Tu sais donc pas que c’est pas bien d’être raciste ? Que c’est mal ? On ne doit pas faire de discrimination raciale, c’est mal ! Juger les gens sur leur religion, c’est mal ! Sur leur couleur de leur peau, sur leurs origines sociales ou sur leur nationalité, c’est mal !
-          Okay… puisque je vois qu’on peut pas discuter… on va faire un duel.
-          Enculé de ta race ! »

Histoire de mettre un peu d’humour, de contradictions et de nuances (j’allais dire de couleurs) dans un travail par ailleurs important, rodé, indubitablement bien fait et utile d'un côté ; parfois un peu moralisateur et pas complètement convaincant pour qui n'adhérerait pas à son hypothèse de départ, de l'autre.  

Tudy